Les adolescents : des terroristes? (1)
Les adolescents : des terroristes ? (1)
Quel genre de buts les parents devraient-ils avoir pour leurs enfants lorsque ceux-ci atteignent l’âge de l’adolescence?
Malheureusement, la culture occidentale a développé une vision très cynique de l’adolescence; une vision dont le fondement est principalement biologique. Les gens ont tendance à voir les adolescents comme un ramassis d’hormones rebelles et enragées, enfermées sous la peau. Évidemment, l’idée sous-jacente, c’est que vous ne pouvez pas parler à une hormone. J’ai lu un texte de quelqu’un qui l’exprimait très bien. Il disait que si vous ajoutez le mot adolescent à n’importe quel autre mot, ce mot devient automatiquement négatif. Nous n’avons qu’à penser à un “conducteur adolescent”. C’est un simple exemple qui nous montre bien comment ce groupe d’âge attire le cynisme.
Le problème avec cette façon de voir les adolescents, c’est qu’elle vient subtilement à l’encontre de l’Évangile. En fait, ce qu’on est en train de dire quand on pense ainsi, c’est que l’Évangile ne pourrait pas atteindre une certaine catégorie de gens. C’est une théologie dévastatrice. D’après mon expérience, lorsque les parents commencent à adopter cette vision de l’Évangile en ce qui concerne leurs adolescents, ça finit par déteindre sur leurs autres relations interpersonnelles. Ils commencent à mettre en doute la possibilité que Jésus-Christ puisse être en mesure de rejoindre d’autres catégories de personnes.
Ça signifie que simplement survivre à l’adolescence de nos enfants n’est pas un but suffisant. D’une certaine façon, avoir pour but de simplement survivre à ces années est un but égoïste parce qu’on vise alors seulement de passer à travers un temps difficile pour soi-même. L’autre problème qui surgit lorsqu’on a pour but la survie, c’est qu’en tant que parents, nous avons tendance à nous contenter de viser des buts plutôt externes qui cherchent seulement à modifier le comportement. Nous nous contentons alors de la méthode “Fais ce que je te dis!” Les enfants dont les parents ont cherché seulement à encadrer et à contrôler leur comportement n’emportent pas grand chose avec eux lorsqu’ils quittent la maison.
Aux États-Unis, par exemple, un grand nombre de jeunes qui ont grandi dans des foyers chrétiens et qui quittent la maison pour aller à l’université abandonnent la foi. En fait, je soupçonne qu’ils n’ont jamais eu la foi. Ils n’avaient plutôt que la foi de leurs parents. Ils ne se sont tout simplement jamais approprié personnellement cette foi. Tout ce que fait l’université, c’est de révéler le vrai coeur de l’adolescent, qui avait été masqué par le contrôle et les règles des parents.
Évidemment, tous les parents doivent avoir des règles pour contrôler le comportement de leurs enfants, mais ce n’est pas un but suffisant. Du début à la fin, la Bible condamne les approches de type behavioriste qui cherchent à contrôler le comportement des gens, à les amener à respecter certaines règles, mais sans lien avec le coeur; c’était d’ailleurs le problème particulier des pharisiens. Jésus-Christ a catégoriquement condamné ce type de péché. Et pourtant, les parents chrétiens réussissent parfois très bien à créer une nouvelle génération de jeunes pharisiens, qui vivent sans ressentir aucunement le besoin de l’Évangile parce qu’ils arrivent à observer de manière exemplaire les règles extérieures qu’on leur impose. Ça me fait très peur.
Nous devons réaliser que les dernières années que nos enfants passent à la maison constituent une période où abondent des occasions sans précédent. Lorsque le monde de l’enfant s’ouvre devant lui et qu’il commence à goûter à une plus grande liberté, son coeur se révèle. Ça signifie que nous devons profiter de chaque occasion qui nous est donnée de participer à l’étape finale de sa préparation. Nous ne devons pas éviter de nous impliquer en profondeur avec nos adolescents.
Paul Tripp, professeur, conseiller, écrivain
Paru dans la revue Lumière sur mon sentier,
Vol. 1, No. 6, novembre 2006.
Traduit et utilisé avec permission,
”Teens Terrorist?”, Australian Presbyterian, No. 550, juillet 2003, p. 4-8.
Le pasteur Peter Hastie de l’Église presbytérienne d’Australie s’entretient avec le Dr Paul Tripp, professeur de théologie pratique au Séminaire théologique de Westminster à Philadelphie.

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