Pages

Catégories

Statistique

 

 

Voyage missionnaire au Brésil – Samia Manneh


 drapeau-bresil_503.jpg 

 

Entrevue avec Samia Manneh

Voyage missionnaire au Brésil

 

Samia Manneh est membre de l’Église chrétienne réformée de Beauce et elle étudie en sciences humaines au cégep de Sainte-Foy.  Elle est allée au Brésil à l’été 2007 pour aider à organiser un camp biblique pour enfants à l’Église réformée de Recife, en collaboration avec le pasteur Ken Wieske. Elle est interviewée par le pasteur Paulin Bédard.

 

Samia, tu as fait un grand voyage l’été dernier.  Comment en es-tu venue à t’intéresser à ce projet missionnaire au Brésil?

 

Le pasteur Ken Wieske est venu au Québec avec sa famille l’an dernier et mes parents l’ont invité à dîner chez nous à St-Georges.  Je ne connaissais pas du tout ce monsieur.  Dès ma première rencontre avec lui, je voulais partir au Brésil.  L’année précédente, j’avais voulu faire un voyage missionnaire en Afrique, mais ça n’avait pas marché.  Cette fois-ci, j’ai tout de suite senti que je voulais aller au Brésil, sur cette terre inconnue.  Il y avait sur place un chrétien que je pourrais aller rejoindre.  Le pasteur Ken était intéressé à l’idée et il m’a parlé d’un camp biblique pour les jeunes. J’ai beaucoup d’expérience dans ce domaine.  J’ai passé tous mes étés dans des camps.  Cette rencontre avec le pasteur Ken a eu lieu en septembre 2006.  Nous nous sommes échangés nos adresses courriels.  Le cégep a commencé et j’ai toujours gardé cette idée en moi d’aller le rejoindre pour faire un voyage missionnaire.  Nous nous sommes écrits pour planifier ce projet.  Mon désir a toujours grandi; de mois en mois, ça m’intéressait toujours plus.  Je me sentais appelée à y aller.

 

Quelles ont été les démarches effectuées pour que ce projet devienne possible?

 

J’ai commencé à regarder les coûts d’un tel voyage, le billet d’avion, l’endroit où j’habiterais.  Mon seul problème était l’argent.  Je n’avais aucun problème à l’idée de m’adapter là-bas ou de partir seule.  Je savais que Dieu était là, avec moi, même si c’était loin.  Mon seul obstacle, c’était l’argent.  En plus, si je partais pour l’été, je n’aurais pas d’emploi et je savais que je n’aurais pas de revenu là-bas non plus.  Durant mes deux sessions au cégep, j’ai travaillé fort, j’ai eu des emplois à plusieurs endroits.  J’ai aussi beaucoup parlé avec le pasteur Paulin pour faire des démarches auprès du comité de mission de l’Église réformée de Surrey en Colombie-Britannique, qui s’occupe de la mission du pasteur Ken Wieske au Brésil.  J’ai fait une demande pour avoir des subventions, mais ma demande a été refusée, car ils ont leur propre politique pour les missionnaires. J’ai alors regardé plus proche de moi.  J’ai fait une demande à notre synode au Québec.  J’ai aussi envoyé une lettre à mon Église en Beauce.  Les deux m’ont répondu avec joie et m’ont accordé un montant d’argent.  J’ai donc eu une belle subvention de la part des Églises au Québec.  J’étais bien contente.  Pour le reste, c’est moi qui ai travaillé pour avoir l’argent nécessaire.  J’ai aussi continué de communiquer avec le pasteur Ken pour savoir où j’allais habiter, ce que j’allais faire et comment me préparer concrètement.  C’est devenu concret seulement vers le mois de mai.  Je ne savais pas exactement ce que j’allais faire dans ce projet.  J’ai eu besoin de patience.  Le pasteur Ken lui-même ne savait pas très bien ce que je ferais.  Il me disait que nous verrions une fois que je serais arrivée là-bas.  Je devais partir pendant deux mois, et il n’y avait qu’une semaine de camp.  Pour le reste, on verrait.  Tout au long de ma préparation, je sentais que je n’étais pas seule dans ce projet.  J’avais Dieu premièrement, j’avais ma famille, mes pasteurs, mon Église qui me soutenaient dans la prière et qui m’encourageaient.

 

 100_3613_15.jpg

 

Comment as-tu vécu le défi de vivre et travailler dans une autre langue?

 

Avant mon départ, j’avais pris deux cours de portugais avec une dame originaire du Portugal.  Mais comme le portugais du Portugal n’est pas le même qu’au Brésil, ça n’a servi à rien.  Je suis reconnaissante à Dieu d’être arrivée dans la famille du pasteur Ken qui parlait en anglais.  Je suis restée une semaine et demie dans leur famille, ce qui a vraiment facilité mon arrivée au Brésil.  À l’aéroport, je ne comprenais rien et c’était très difficile.  Au début, je parlais donc en anglais, mais quand je rencontrais des personnes de l’Église, je ne comprenais absolument pas ce qu’ils disaient.  Je me suis dit que j’aurais peut-être dû me préparer plus.  En même temps, c’était la première fois de ma vie que j’apprenais une langue au moyen de contacts humains et non par les livres, et j’ai vraiment aimé cela.  Une semaine et demie après mon arrivée, je voulais partir de chez les Wieske, car le camp approchait et je devais me mettre à apprendre la langue.  Avec mon petit dictionnaire de poche, je suis allée habiter à l’endroit où le camp allait se tenir.  C’est un endroit qui appartient à l’Église et il y a une famille qui vit sur place.  Je suis allée vivre avec eux.  Ils ont trois enfants.  Une fille de quinze ans, Dany, m’a suivie tout au long de mon voyage pour m’accompagner; c’était vraiment une amie.  Elle m’a aidée, mais j’ai aussi appris avec les enfants en jouant avec eux.  C’est simple avec eux, ça ne les dérange pas s’ils ne comprennent pas ce qu’on dit.  J’ai remercié Dieu de ne pas avoir été seulement avec des adultes.  J’étais vraiment en immersion.  C’est difficile d’arriver quelque part sans pouvoir s’exprimer ou dire “merci”. J’écrivais beaucoup, je méditais aussi sur les Psaumes.  Je ne pouvais pas m’exprimer en français ni en anglais.  Quand on veut dire quelque chose, mais qu’on n’a pas de mots pour l’exprimer, c’est une sensation très spéciale.  Je voulais parler, je voulais encourager, je voulais dire des belles choses, je voulais enseigner et évangéliser, mais je ne pouvais pas le faire.  Au début, je me demandais:  “Pourquoi Dieu m’a-t-il envoyé ici?”  J’ai eu des moments de découragement.  C’était difficile, j’étais frustrée, je ne pouvais pas parler.  J’écrivais.  En plus, il pleuvait souvent, c’était la saison des pluies.  Nous ne sortions pas beaucoup, car la famille chez qui j’étais n’avait pas de voiture.  Je ne voyais pas beaucoup d’autres personnes.  C’était un autre défi, car je voulais me promener, voir à quoi ressemblait le Brésil.  J’ai aussi trouvé ça difficile.  On ne peut pas sortir seule quand on est une fille; c’est trop dangereux.  Lire les Psaumes m’a aidée à ne pas me décourager.  C’est aussi avec cette famille et avec la fille qui rencontrait que j’ai appris le plus.  Comme le portugais est assez semblable au français, j’essayais des mots en français et souvent ça marchait, sauf pour l’accent.  Puis les mots ont fini pas venir et j’étais surprise de voir que je pouvais me mettre à parler.  C’était vraiment plaisant.  À partir du 1er juillet, j’ai été capable d’exprimer ce que je voulais dire et, à la fin de mon séjour, je conversais très bien.  Dans ce même voyage, j’ai donc vécu deux extrêmes.  Au début, j’étais isolée et je ne connaissais pas la langue.  À la fin, je voyageais partout, je parlais assez couramment, j’étais accompagnée par plusieurs personnes. J’ai remercié Dieu du fait que le portugais est une langue facile à apprendre et qu’il a mis sur ma route les bonnes personnes pour m’aider.

 

Quelles différences as-tu remarquées entre la vie au Brésil et ce que nous connaissons ici?  Quelles faiblesses et quelles richesses as-tu notées?

 

J’ai remarqué que les jeunes prennent beaucoup de temps avant d’avoir de l’autonomie.  La mentalité des jeunes de quinze ans n’est pas la même que chez nous.  Nous sommes matures plus tôt.  À dix-huit ans, nous sommes prêts à partir en appartement et à voler de nos propres ailes.  Là-bas, c’est très différent.  Les jeunes ne voyagent pas; ils restent longtemps chez leurs parents, parfois même presque toute leur vie.  Ou bien quand les jeunes se marient, ils vont habiter dans l’appartement du haut.  Quand j’ai parlé de la possibilité de faire un camp pour les 7 à 11 ans, on m’a dit que les enfants allaient pleurer et s’ennuyer de leurs parents.  Les mamans sont très mères poules, elles ne laissent pas beaucoup les enfants sortir.  Les gens qui vivent dans des bidonvilles restent tout le temps à la maison.  Je suis partie pendant quatre jours avec des filles et elles appelaient leur maman à chaque jour, même celle qui avait 22 ans.  Ils étaient très étonnés que je sois venue au Brésil toute seule.  Je n’avais pas à critiquer leurs façons de faire, je devais entrer dans la culture et m’adapter.  C’est une chose que j’aime faire et c’est un défi que j’aime relever.  J’ai aussi remarqué que le gouvernement est très corrompu.  La ville est sale, les gens sont pauvres.  L’école coûte cher.  La ville n’est pas organisée.  La police est corrompue.  Les routes sont très mal faites.  Il y a beaucoup de laisser-aller.  Il y a beaucoup de travail au noir.  J’ai rarement reçu des factures quand j’ai acheté des choses.  Les gens font cela pour essayer de survivre.

 

Sur le plan positif, les gens sont très chaleureux.  Ils ont beaucoup l’esprit de famille et se chicanent peu.  Les gens sont pauvres, mais sont très humains.  Ils travaillent ensemble, en équipe.  À un moment donné, je roulais en voiture sur une route en terre.  Il y avait une grosse flaque d’eau.  Je suis restée prise dans la boue.  Un monsieur est arrivé et m’a dit qu’il m’aiderait.  Les gens qui passaient à bicyclette s’arrêtaient et c’était évident pour eux qu’il fallait aider.  Ils se mettaient les deux pieds dans la boue et poussaient.  Puis ils sont repartis tout naturellement.  J’ai trouvé ça tellement beau.  Ce ne sont pas non plus des gens pressés.  Le rythme de vie du Sud est beaucoup plus lent.  On peut arriver à l’heure et devoir attendre une heure.  Il faut apprendre à vivre avec le fait que les gens sont en retard.  Les chrétiens s’invitent et sont chaleureux.  Ils sont hospitaliers et très proches les uns des autres.  L’Église à Recife est assez nouvelle et elle grandit beaucoup.  Il y a beaucoup de jeunes familles dans l’Église.  Il y a aussi beaucoup de communion fraternelle et d’entraide.  L’entraide est déjà dans la culture et ceux qui deviennent chrétiens l’exercent encore plus. Les gens sont sérieux quand il faut l’être et ils savent être joyeux durant les fêtes de l’Église.  J’ai toutefois été surprise de voir que les célébrations sont très solennelles.  On chante les Psaumes sans musique.  Il y a le pasteur Ken.  Il y a aussi des anciens qui font la lecture de prédications déjà préparées lorsque le pasteur Ken n’est pas là.  Il y a une chose que je n’ai pas aimée, c’est que l’assemblée ne prie pas ensemble à la fin, c’est seulement le pasteur qui prie.  Par contre, j’ai aimé avoir deux cultes durant la journée.  C’est plaisant, on peut se voir deux fois, le matin et en fin d’après-midi.  Entre les deux cultes, les gens restent ensemble et s’invitent entre eux.

 

 100_3498_15.jpg

 

Peux-tu nous expliquer à quelles activités tu as participé et quelles étaient tes principales responsabilités?

 

Les premières semaines ont été consacrées à apprendre la langue afin d’être capable de travailler au camp.  Entre-temps, durant la première semaine de juillet, il y a eu un congrès d’une semaine pour les Églises réformées du Brésil qui s’est tenu sur le bord de la plage.  Je ne comprenais pas beaucoup les conférences.  J’allais plutôt sur la plage pour garder les enfants.  J’apprenais encore à parler en portugais, mais je me sentais parfois seule.  Je n’avais pas d’amis à qui raconter ce que je vivais et ce que Dieu m’apprenait.  Je priais, je parlais à Dieu et je contemplais sa création.  Ça m’a fait réaliser des choses, par exemple que Dieu est là en permanence.

 

Au retour, nous nous étions dit que nous prendrions une semaine pour préparer le camp.  Je suis restée toute la semaine à l’endroit où le camp aurait lieu.  Il y avait un grand chalet pour des retraites, pour des dîners communautaires et pour accueillir des missionnaires.  C’est un très bel endroit. C’est là que j’ai essayé de planifier le camp, mais j’ai eu beaucoup de difficulté à me faire comprendre.  Le garçon du pasteur Ken me servait de traducteur.  Je pensais en français, je m’exprimais en anglais et il fallait qu’il traduise en portugais.  Les personnes sur place n’avaient aucune idée de ce qu’était un camp.  J’avais de la misère à expliquer pourquoi il fallait faire les choses de telle et telle manière.  Ce problème s’est réglé un jour seulement avant le camp, quand j’ai donné l’horaire du camp.  Ils n’ont jamais vraiment compris comment les choses allaient se passer.  C’est moi qui était complètement en charge du camp.  Quand je suis arrivée là-bas, je pensais que nous aurions une équipe et que je ferais partie de l’équipe, qu’il y aurait des adultes et que le pasteur Ken serait là pour bien expliquer.  Mais il n’avait pas le temps de s’en occuper.  Quand il m’a annoncé que c’est moi qui allait être en charge du camp, je me suis sentie tellement petite.  “Comment vais-je faire?  Ça ne marchera pas!”

 

Je n’avais pas de personnes, pas d’argent, pas de matériel, je ne savais pas qui seraient les moniteurs.  J’essayais de faire comprendre à Dany — la jeune fille qui m’aidait — ce qu’il fallait prévoir quand les jeunes arriveraient.  Elle ne comprenait pas et ne savait pas comment un camp fonctionnait. La semaine a passé, mais nous n’avons pas réussi à avancer beaucoup.  Le samedi, elle a fait des appels pour savoir quels jeunes viendraient.  Quinze jeunes de 9 à 15 ans sont venus au camp qui a duré cinq jours.  C’étaient des enfants de familles qui étaient des nouveaux croyants dans l’Église de Recife.  Le matin, il y avait des enseignements bibliques donnés par le pasteur Ken pour que les jeunes apprennent des choses de base de la Bible.  Je devais expliquer aux moniteurs comment faire des jeux pour aider les enfants à apprendre.  En après-midi, il y avait de l’animation.  À chaque jour, ce sont des gens différents qui animaient.  Pour les jeux, je devais faire avec ce que j’avais: des pierres, des bâtons, etc.  Je devais trouver des activités à faire avec pratiquement rien, ce qui m’a encore découragée, mais Dieu me soutenait beaucoup.  On pouvait simplement laisser un ballon de soccer aux jeunes et ils s’amusaient beaucoup.  Dès le premier soir, je me suis intégrée dans l’animation.  Les jeunes m’aidaient quand je faisais des fautes.

 

Les points positifs du camp:  Nous avions une équipe dynamique qui travaillait sérieusement dans la prière et qui prenait la Bible au sérieux.  Nous avons vu la main de Dieu qui a pourvu pour les besoins d’argent; il en est même resté à la fin.  J’ai aussi été émerveillée de voir que les enfants étaient chaleureux, qu’ils se sont beaucoup attachés à moi et qu’ils m’ont appréciée malgré les difficultés avec la langue.  J’ai également pu encourager des personnes qui sont passées par des moments de découragements.  Les points négatifs: Notre équipe n’avait aucune expérience et certaines personnes étaient parfois trop sévères avec les enfants.  C’était difficile pour moi de ne pas toujours pouvoir leur exprimer qu’il est important que les jeunes aient du plaisir à participer au camp.  Mais ce n’est pas bien grave, cela faisait partie de leur apprentissage et je crois que par mon exemple ils ont pu apprendre.

 

Après le camp, j’ai voyagé avec des amis que j’ai rencontrés là-bas.  Parfois, je revenais chez la famille Wieske les fins de semaines, mais vers la fin, j’allais un peu partout avec des gens de l’Église.  Après le camp, j’étais très fatiguée, mais j’ai pu voyager; c’était comme une récompense, un beau cadeau que Dieu m’a donné.

 

Qu’est-ce que tu as reçu et découvert à travers ton expérience?

 

J’ai appris à me contenter plus facilement.  Au lieu de m’irriter, j’ai appris à arrêter et à me demander pourquoi je suis de mauvaise humeur.  J’ai aussi appris à être attentive à ceux qui sont mécontents autour de moi pour leur faire réaliser que ce n’est pas grave.  J’ai aussi appris à glorifier Dieu dans les moments les plus difficiles, pas nécessairement des moments de souffrances ou d’épreuves, mais des moments où on est impuissant. Au début, j’étais impuissante au niveau de la langue.  Je devais continuer à prier Dieu.  Quand il pleuvait et que je ne pouvais pas parler, je devais toujours continuer à glorifier Dieu, sans jamais l’oublier.  J’essayais d’apprécier les choses que j’avais, comme la santé, et ne jamais perdre le but de glorifier Dieu.  À travers les Psaumes, je voyais David louer Dieu.  Les Psaumes m’ont beaucoup parlé.  Je vois maintenant la vie autrement.  Je suis reconnaissante de tout ce que nous pouvons avoir ici, l’abondance, la santé, les hôpitaux (dans les hôpitaux publics du Brésil, c’est sale, les gens sont assis par terre, les lits sont des chaises de plastique, les fenêtres sont grandes ouvertes).  J’ai aussi appris à ne pas juger rapidement les gens, mais à d’abord connaître leur arrière-plan familial.  Je suis devenue beaucoup plus ouverte à côtoyer toutes sortes de personnes.

 

Qu’est-ce que tu as donné à travers ton expérience?

 

Ce que j’ai pu donner, c’est le pasteur Ken qui me l’a fait découvrir.  Il m’a dit que je suis venue unir des jeunes et des familles.  Ici, les jeunes ne sortent pas ensemble entre eux.  Mais quand j’étais là, les jeunes ont dû sortir avec moi.  Maintenant que je suis partie, ils peuvent continuer à se voir, ce qui crée des liens fraternels.  Le pasteur Ken m’a dit que j’étais un très bon exemple de jeune fille chrétienne.  Ils n’ont jamais vu une personne qui ne connaissait pas la langue allez chez eux pour passer un été sans travailler afin de donner son été à Dieu.  Le Seigneur m’a donc permis de donner par mes actes et par mon comportement.  Au départ, je m’attendais à faire de l’évangélisation.  On pense parfois qu’il faut toujours faire de l’évangélisation pour rendre service, mais j’ai appris dans mon voyage que ce n’est pas seulement de cette manière que nous pouvons faire connaître Dieu.  Nous pouvons le faire connaître par notre exemple, nos actes, nos gestes, nos paroles.  Notre manière de vivre est un témoignage.

 

 100_3508_17.jpg

 

Quels sont tes principaux sujets de reconnaissance suite à cette expérience?

 

Je remercie Dieu de m’avoir donné des aptitudes à comprendre une langue facilement.  Je remercie Dieu de m’avoir donné une personnalité capable de s’adapter facilement à des gens différents et à un milieu de vie différent. Je remercie Dieu de m’avoir donné une passion pour les gens.  Je posais beaucoup de questions pour connaître les gens, connaître leur passé.  Je remercie Dieu de m’avoir donné là-bas des gens extraordinaires.  Je remercie Dieu de m’avoir parlé à travers sa création autour de moi dans des moments de solitude.

 

Quels sont tes sujets de prière pour cette oeuvre au Brésil?

 

Que l’Église continue à grandir et que Dieu leur permette de continuer leur beau travail.  Là-bas, les gens en dehors de l’Église sont tellement assoiffés spirituellement; ce n’est pas comme ici.  Ils viennent à la foi facilement, ils veulent en savoir plus.  J’ai vu des personnes qu’on évangélisait qui voulaient en recevoir davantage.  La majorité des gens au Brésil sont des personnes pauvres qui n’ont rien.  Ils ont beaucoup de facilité à croire et à accepter le Christ.  Je prie pour que les jeunes continuent à grandir dans l’Église.  J’ai beaucoup à coeur les jeunes de là-bas.

 

Si tu connaissais d’autres jeunes qui aimeraient participer à ce genre de projet dans l’avenir, que leur conseillerais-tu?

 

Partir seul.  Cela dépend bien sûr du contexte et du genre de personne que nous sommes, mais quand nous partons seul, cela nous force à vivre comme les gens de l’endroit, dans leur culture.  Partir seul nous aide à vivre comme eux et à nous intégrer.  Nous n’avons personne d’autre à qui nous accrocher.  Quand on part seul, on est également plus attentif aux gens autour de soi.  Les gens là-bas l’ont remarqué; ils étaient très contents de recevoir une personne qui s’intéressait à eux et qui essayait de parler avec eux.  Je conseillerais aussi d’avoir un peu plus de base linguistique que j’avais.  Au début, j’aurais été moins perdue.  J’aurais pu sauter une étape dans l’apprentissage.  Partir sans se faire aucune idée, n’avoir aucune attente.  Être prêt à tout.  Avec Dieu, tout est possible.  Oui, il nous faut savoir ce que nous allons faire, bien sûr, mais sans se faire aucune image du pays.  S’intéresser aux gens, être comme eux.  Parfois je me mettais à penser au Québec, mais je devais me ressaisir et revenir vivre chaque seconde au Brésil, comme une Brésilienne.  Ne pas divaguer dans nos pensées vers le Québec.  Ne pas écrire trop souvent non plus.  Avoir un carnet de voyage.  En profiter pour méditer sur la Bible.  Partir avec le moins de choses possible pour oublier le Québec et pour mieux décrocher en changeant de décor.  Partir avec la confiance que Dieu est là tout le temps, dans les avions, loin de ses parents, là où personne ne peut venir à notre secours.  Le prier sans cesse, le remercier à tout moment, ce que nous ne faisons pas assez.  Il est là-haut, il veille sur ses enfants.  Nous pouvons tout remettre entre ses mains.

 

Samia Manneh

Interviewée par le pasteur Paulin Bédard

Paru dans la revue Lumière sur mon sentier,

Vol. 3, No. 1, janvier 2008.

 

 

Commentaires fermés

haut