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III.4 – L’insuffisance de la lumière naturelle

 

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Source:  Creative Commons, Flickr, Majamarko

III.4  -  L’INSUFFISANCE DE LA LUMIÈRE NATURELLE

Il est vrai qu’après la chute, il a subsisté dans l’homme quelque lumière de nature; grâce à elle, il conserve encore une certaine connaissance de Dieu et des choses naturelles, il discerne entre ce qui est honnête et malhonnête, et montre avoir quelque pratique et soin de la vertu et d’une discipline extérieure.  Mais tant s’en faut que, par cette lumière naturelle, il puisse parvenir à la connaissance salutaire de Dieu, et se convertir à lui, puisqu’il n’en use même pas droitement dans les choses naturelles et civiles, mais plutôt, telle qu’elle est, il la souille de diverses manières et la maintient dans l’injustice:  ce que faisant, il est rendu inexcusable devant Dieu.

— Canons de Dordrecht, III.4

La Bible trace un portrait très sombre de notre condition humaine.  Nous sommes tous unis au péché d’Adam, nous sommes tous pécheurs, entièrement corrompus, incapables de nous sauver.  Pourquoi tant insister sur notre état corrompu misérable?  C’est pour pouvoir parler du salut en Jésus-Christ seul.  Pour pouvoir proclamer le seul chemin du salut, nous voulons poser le bon diagnostic.  Mais certains diront:  Est-ce que vous n’allez pas trop loin?  Vous parlez sans cesse de l’homme corrompu, mort dans ses péchés.  L’homme n’est quand même pas si mauvais que cela.  Regardez autour de vous.  Nous avons des voisins non-chrétiens sympathiques.  Ce ne sont pas tous des vilains meurtriers.  Il y a beaucoup de braves gens agréables à côtoyer qui viennent en aide aux autres.  Est-ce que ce ne sont pas des “bonnes personnes”?  Ne sommes-nous pas capables de nous améliorer?  L’article 4 des Canons de Dordrecht répond à ce genre de raisonnement.

Il subsiste encore des traces de lumière dans l’homme

III.4:   “Il est vrai qu’après la chute, il a subsisté dans l’homme quelque lumière de nature; grâce à elle, il conserve encore une certaine connaissance de Dieu et des choses naturelles, il discerne entre ce qui est honnête et malhonnête, et montre avoir quelque pratique et soin de la vertu et d’une discipline extérieure.”   L’homme n’est pas devenu un animal ou un démon.  Il reste un homme.  Les non-croyants sont capables d’admirer la beauté de la création.  Ils produisent des oeuvres d’art remarquables et composent des pièces musicales grandioses qui reflètent l’harmonie de la belle création de Dieu.  Même avec le petit reste de lumière qui subsiste en l’homme après la chute, nous sommes encore capables de faire des progrès significatifs dans notre connaissance de l’univers, depuis les plus petites particules subatomiques jusqu’aux galaxies les plus lointaines.  Nous avons accompli de grands progrès scientifiques, technologiques et médicaux.  Si l’homme corrompu, mort dans ses péchés, détient encore ce potentiel, imaginez ce qu’il aurait pu accomplir s’il n’avait pas péché et s’il avait utilisé toute la lumière que Dieu avait placée en lui à l’origine!  Il faut comprendre que nous parlons de notre condition spirituelle.  Nous ne sommes pas morts physiquement ou intellectuellement, mais morts spirituellement.  Nous avons encore une certaine connaissance du bien et du mal, même si la conscience déchue est flétrie et endurcie.  Paul dit en Rom. 2:15 que les païens “montrent que l’oeuvre de la loi est écrite dans leurs coeurs; leur conscience en rend témoignage, et leurs raisonnements les accusent ou les défendent tour à tour.”   Extérieurement, il est encore possible d’avoir un comportement moral relativement acceptable.  Même intérieurement, tout homme possède encore en lui une certaine connaissance de Dieu.  Rom. 1:19-20:   “Car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, car Dieu le leur a manifesté.  En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient fort bien depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages.”   Par conséquent, Paul dit qu’ils ont “connu Dieu” (v. 21).  Nous pouvons être certains que toute personne, même si elle n’a aucune connaissance de la Bible ou de l’Évangile, “conserve encore une certaine connaissance de Dieu et des choses naturelles, elle discerne entre ce qui est honnête et malhonnête” (III.4).  Mais ces traces de lumière de nature qui subsistent encore ne sont que vestiges et ruines qui ne nous donnent qu’un vague aperçu de ce que l’homme était avant la chute, un peu comme une vieille ruine romaine ou comme l’épave d’un bateau qui pourrit sur la plage.

Mais personne n’emploie cette lumière adéquatement

Il ne faut donc pas comprendre ces traces de lumière de nature comme si l’homme avait encore un petit quelque chose de bon en lui.  Beaucoup s’imaginent que l’homme est fondamentalement bon et que nous devrions mettre notre espoir dans nos capacités à résoudre par nous-mêmes nos problèmes.  Certains prétendent qu’il y aurait une “étincelle” de lumière divine en chaque être humain qui nous permettrait de reprendre contact avec Dieu (nouvel âge, gnosticisme, etc.).  Les arminiens ont parlé d’une “grâce commune” que Dieu aurait accordée à tout être humain.  Ils voulaient dire par là que Dieu a veillé à ce qu’il reste un petit quelque chose de bon en l’homme qui lui permettrait d’obtenir petit à petit une grâce plus grande.  Autrement dit, Dieu donnerait à tous les hommes la possibilité de connaître Jésus-Christ et les moyens de venir à la foi et à la repentance.  La Bible dit pourtant que Dieu “révèle ses paroles à Jacob, ses prescriptions et ses ordonnances à Israël; il n’a pas agi de même pour toutes les nations; elles ne connaissent pas ses ordonnances.”   (Ps. 147:19-20).  Ac. 14:16-17:   “Dans les générations passées, il a laissé toutes les nations suivre leurs propres voies, quoiqu’il n’ait cessé de rendre témoignage de ce qu’il est par ses bienfaits, en vous donnant du ciel les pluies et les saisons fertiles, en vous comblant de nourriture et de bonheur dans le coeur.”   Matt. 5:45:  Dieu “fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes” , mais tous ces dons qui descendent du ciel ne changent en rien le coeur mauvais de l’homme naturel.  Tous les dons que les hommes reçoivent de Dieu, ils s’en servent contre Dieu pour exprimer leur rébellion.  Rom. 1:21:   “Ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces; mais ils se sont égarés dans de vains raisonnements, et leur coeur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres.”   Les vestiges de “lumière de nature” qui peuvent encore subsister en l’homme naturel ne le rendent pas capable de se sauver lui-même.  Il est même incapable de s’en servir convenablement dans les domaines comme la science, les arts, l’éducation, la politique ou les affaires.  III.4:   “Mais tant s’en faut que, par cette lumière naturelle, il puisse parvenir à la connaissance salutaire de Dieu, et se convertir à lui, puisqu’il n’en use même pas droitement dans les choses naturelles et civiles, mais plutôt, telle qu’elle est, il la souille de diverses manières et la maintient dans l’injustice.”   Les découvertes scientifiques sont teintées par une motivation corrompue d’un coeur qui ne veut ni servir Dieu ni l’honorer.  Le bon ordre relatif dans la société et le comportement honnête extérieur des non-chrétiens viennent d’une motivation égoïste, pour se protéger, se faire valoir, s’enrichir, et non par pur amour pour Dieu et pour son prochain.  L’homme est encore intelligent, mais son intelligence est dans les ténèbres.  Il possède encore sa propre volonté, mais elle est portée à commettre toutes sortes de maux.  Il conserve un sens moral, mais il est incapable d’aucun bien spirituel.  Nos amis non-chrétiens ne sont pas des démons ni des extra-terrestres.  Nous devons les aimer et tâcher de vivre en paix avec eux autant que cela est possible.  Mais nous devons savoir reconnaître leur problème spirituel fondamental et leur état naturel sans espoir.  Quand nous présentons l’Évangile à des non-croyants, nous en parlons à des hommes intelligents.  Nous n’avons pas besoin d’utiliser un langage de bébé.  Le problème n’est pas que la Parole de Dieu est trop compliquée pour leur intellect ou que les commandements de Dieu sont trop difficiles à comprendre. Le problème est essentiellement spirituel.  Rom. 8:7:   “Car les tendances de la chair sont ennemies de Dieu, parce que la chair ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle en est même incapable.”   1 Cor. 2:14:   “Mais l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge.”   Pierre avait connu Jésus, et pourtant Jésus lui a dit:   “Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.”   (Matt. 16:23).  Aucune “lumière de nature” ne peut venir en aide à l’homme.

Cette lumière rend tout homme inexcusable

Pourquoi Dieu laisse-t-il subsister quelques vestiges de son image dans l’homme naturel?  Tout d’abord parce que Dieu est patient.  Il met un frein à la méchanceté humaine pour qu’elle ne s’exprime pas jusqu’au bout, car sinon il serait totalement impossible pour l’Église de vivre dans le monde.  2 Pi. 3:15:   “Considérez que la patience de notre Seigneur est notre salut.”   Mais c’est aussi afin de rendre tout homme inexcusable.  Rom. 1:21:   “Ils sont donc inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, il ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces.”   Ces vestiges de “lumière de nature” ne sont pas une “grâce commune” qui pourrait nous aider à nous rapprocher de Dieu.  Le mot “grâce” dans la Bible n’est jamais utilisé dans ce sens.  Au lieu de parler de la “grâce commune” (comme certains réformés l’ont fait au 19e et au 20e siècle), nous devrions plutôt parler de la “misère commune” qui nous afflige tous et de la “colère commune” de Dieu “qui se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive” (Rom. 1:18).  Les quelques ruines de lumière qui subsistent encore dans l’homme ne servent qu’à témoigner contre nous et à nous rendre d’autant plus coupables.  Elles ne font que souligner à quel point nous sommes déchus de la position glorieuse où Dieu nous avait placés.   Il nous faut donc absolument recevoir “l’Esprit qui vient de Dieu, afin de savoir ce que Dieu nous a donné par grâce”  (1 Cor. 2:12).  Il n’y a rien que nous puissions faire pour nous sauver ou pour devenir un candidat potentiel au salut.  Le salut est uniquement par pure grâce.

Paulin Bédard, pasteur

 

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