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La lettre à l’Église de Thyatire

Source: Creative Commons, Flickr, Mary

 

APOCALYPSE 2:18-29

 

LA LETTRE À L’ÉGLISE DE THYATIRE

 

Thème: Jésus s’adresse à une Église qui témoigne par ses oeuvres, mais qui est permissive face à l’idolâtrie.

 

1. Destinataires (2:18a)

2. Description de Jésus (2:18b)

3. Éloges (2:19)

4. Reproches (2:20)

5. Jugement (2:21-23)

6. Recommandation (2:24-25)

7. Promesse (2:26-28)

8. Exhortation (2:29)

 

1. Destinataires (2:18a)

 

La ville de Thyatire. Comparée à Éphèse, Pergame et Smyrne, Thyatire était une petite ville d’une population d’environ 25 000 habitants. Les conquérants macédoniens, les soldats d’Alexandre le Grand, ont été les premiers à s’y établir vers 200 av. J-C. Thyatire était située dans une vallée au carrefour de deux autres vallées, à l’intérieur de la partie nord de l’Asie Mineure.

 

On faisait l’extraction minière du cuivre et du bronze dans cette région. En plus de ses ouvrages en cuivre et en bronze, la ville était connue pour ses manufactures de lin et de laine et surtout pour sa teinture pourpre extraite des racines d’une plante cultivée dans les vallées de la région. Lydie, marchande de pourpre, la première convertie d’Europe, était native de Thyatire (Actes 16:14). On trouvait aussi à Thyatire des poteries et des tanneries. La ville était donc un centre industriel. C’était également un centre de communication par où beaucoup de gens transitaient, ce qui faisait de la ville un lieu de commerce.

 

Les manufactures d’aujourd’hui n’existaient pas à cette époque. Les artisans pratiquaient leur métier à la maison ou dans des petites boutiques. Ils étaient toutefois très organisés à l’intérieur de ce qu’on appelait des guildes. Une guilde est une association de marchands ou d’artisans destinée à obtenir des avantages commerciaux. Les guildes étaient donc un moyen pour les manufacturiers et les ouvriers de s’unir pour faciliter le commerce. Les syndicats industriels et commerciaux d’aujourd’hui sont différents des guildes dans ce sens qu’ils ne s’occupent pas d’exploitation. Chaque guilde avait son dieu protecteur à qui l’on sacrifiait durant des fêtes en l’honneur des guildes. La viande sacrifiée à l’idole était mangée durant ces fêtes et les célébrations qui commençaient par l’idolâtrie finissaient dans l’immoralité et la fornication, comme la plupart des fêtes de ce temps-là.

 

Il est certain qu’il était difficile de gagner sa vie si l’on n’était pas prêt à se joindre à la guilde. La vie économique et sociale était dominée par les guildes. Pour avoir de l’avancement, il fallait devenir membre d’une guilde. Le simple fait d’en être membre impliquait qu’on adorait son dieu protecteur. On s’attendait de la part des membres qu’ils participent aux fêtes en l’honneur de la divinité de la guilde; la nourriture reçue à table devait être considérée comme un cadeau de ce dieu. Et bien entendu, une fois le repas terminé, c’est là que le plaisir immoral commençait. Si l’on voulait quitter à ce moment-là, on faisait rire de soi et on était persécuté.

 

L’Église à Thyatire. Nous ne connaissons rien au sujet de l’établissement de cette Église. La lettre adressée à cette Église est la plus longue des sept.

 

2. La description que Jésus donne de lui-même (2:18b)

 

Voici ce que dit le Fils de Dieu, celui qui a les yeux comme une flamme de feu, et dont les pieds sont semblables à du bronze.”

 

Que nous enseigne le fait que Jésus a “les yeux comme une flamme de feu” et “les pieds semblables à du bronze”?

 

Cette description est encore une fois tirée de la vision initiale reçue par Jean (1:14-15), qui elle-même s’inspire de la vision du messager autrefois reçue par le prophète Daniel: “Son corps était comme de chrysolithe, son visage comme l’aspect de l’éclair, ses yeux comme des flammes de feu, ses bras et ses pieds comme l’apparence du bronze poli.” (Daniel 10:6). Le titre “Fils de Dieu” fait également penser au quatrième homme qui marchait au milieu du feu, avec les trois compagnons de Daniel dans la fournaise ardente et dont l’aspect ressemblait “à celui d’un fils des dieux” (Daniel 3:25). Tout comme ce Fils de Dieu les avait protégés au milieu de la persécution, de même il protégera ceux qui lui sont fidèles à Thyatire. Plus loin dans la lettre à l’Église de Thyatire, le verset 27 cite le Psaume 2. Ce psaume messianique parle du décret de Dieu concernant son Oint, qui était le roi d’Israël et qui annonçait la venue du grand Messie-Roi. Ce psaume nous dit: “Tu es mon fils! C’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui. Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, et pour possession les extrémités de la terre.” (Psaume 2:7-8). Ce décret nous révèle que le Oint de Dieu est bien le Fils de Dieu et qu’il sera investi de puissance royale qui s’étendra aux extrémités de la terre. La description que Jésus fait de lui-même donne l’assurance que c’est lui, ultimement, le Messie, le Fils de Dieu, à qui la domination a été donnée. Rien n’est caché à ses yeux perçants comme une flamme de feu et toute résistance est piétinée par ses pieds semblables à du bronze. Cela nous fait voir qu’il peut exercer sa domination et qu’il va le faire. Les gens de l’Église de Thyatire doivent lui rendre une adoration exclusive et peuvent lui faire confiance qu’il va prendre soin d’eux dans leurs difficultés économiques. Les artisans de Thyatire peuvent bien connaître l’art et l’habileté de produire du bronze, le Seigneur de l’Église a les pieds plus solide que le bronze!

 

3. Éloges (2:19)

 

Les guildes exerçaient une forte pression sur les chrétiens de Thyatire. Qu’est-ce qu’un chrétien doit faire dans une telle situation? S’il quitte le syndicat, il perd sa position et son statut social. Il manquera du nécessaire et souffrira la persécution. Si par contre il reste dans la guilde et qu’il participe aux sacrifices aux idoles et à l’immoralité sexuelle, il renie son Seigneur.

 

Le témoignage que le Seigneur rend à son Église à Thyatire montre que, malgré la tentation de renier la royauté du Christ en se joignant à des guildes anti-chrétiennes et en participant à leurs péchés, l’Église est demeurée fidèle à son Seigneur. “Je connais tes oeuvres, ton amour, ta foi, ton service, ta persévérance et tes dernières oeuvres plus nombreuses que les premières.” Comme les paroles du Seigneur l’indiquent, ce n’étaient pas des chrétiens du dimanche.

 

Qu’est-ce qu’un chrétien du dimanche? Peut-on séparer le dimanche du reste de la semaine?

 

La confession et la conduite ne peuvent pas être séparées (voir Jacques 2:20-26). On ne peut pas garder un “christianisme théorique” sans “christianisme pratique” et se prétendre fidèles au Seigneur. Ces chrétiens pratiquaient leur christianisme dans leur vie et leur travail quotidien. Leur loyauté avait pour conséquence la détresse et l’affliction, mais plutôt que de faiblir, ils ont même fait des progrès dans le service d’amour et de miséricorde. Même en face d’une situation économique difficile, ils ont exercé le service (la “diakonia”). Contrairement à l’Église d’Éphèse (2:4), ils ont gardé leur amour conjoint à leurs oeuvres. Ils étaient des témoins fidèles de Jésus-Christ au milieu du monde.

 

4. Reproches (2:20)

 

Mais ce que j’ai contre toi, c’est que tu laisses la femme Jézabel, qui se dit prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs pour qu’ils se livrent à l’inconduite et qu’ils mangent des viandes sacrifiées aux idoles.” (2:20). La femme Jézabel cherchait à exercer une grande influence dans l’Église. Le nom par lequel le Seigneur la désigne n’est pas son vrai nom, mais la représente comme une Jézabel, dont la Jézabel originale est bien connue dans l’histoire du roi Achab (voir 1 Rois 16:30-33; 18:4,13; 19:11-2,21; 2 Rois 9:30-37). Dans l’Ancien Testament, la reine Jézabel avait incité le roi Achab et tout Israël à adorer Baal. Ce nom est synonyme de séduction à pratiquer l’idolâtrie et l’immoralité. Ce lien avec l’Ancien Testament a pour but de montrer à l’Église la gravité de la situation et de les amener à prendre des mesures disciplinaires concrètes contre cette fausse enseignante (ou ces faux enseignants si cette femme représente un groupe de personnes).

 

Dans la situation difficile que vivaient les chrétiens de Thyatire, cette prophétesse prétendait connaître la solution. Pour pouvoir vaincre Satan, il faut le connaître. On ne sera jamais capable de vaincre le péché tant qu’on n’aura pas parfaitement pris connaissance du péché et qu’on ne l’aura pas expérimenté à fond. En somme, un chrétien devrait connaître “les profondeurs de Satan”. Oui, vous pouvez certainement participer aux fêtes en l’honneur des guildes et commettre la fornication, tout en restant chrétiens. Cela vous aidera même à devenir de meilleurs chrétiens! Tel était l’enseignement de cette fausse prophétesse. Les hauteurs de la grâce ne peuvent être comprises que si les profondeurs de Satan sont connues. Afin de vaincre Satan, il faut bien le connaître. Raisonnement pieux en apparence, mais tellement diabolique. Cette théorie justifiait la participation aux péchés païens, mais en réalité, c’était une attaque en règle contre la loyauté du croyant envers son Seigneur ainsi qu’une route certaine vers l’enfer.

 

Même si la femme de cette lettre était une membre professante de l’Église, contrairement à la Jézabel de l’Ancien Testament, son enseignement pouvait tout autant conduire à la ruine de l’Église. Car si l’enseignement de cette Jézabel était suivi, non seulement l’antithèse entre l’Église et le monde disparaîtrait, mais l’Église devrait même capituler aux péchés du monde. Le but de cette capitulation, comme le dit le verset 24, était de connaître les profondeurs de Satan.

 

Faisons-nous face aux mêmes problèmes que ceux expérimentés par l’Église de Thyatire?

 

Comment déterminer si l’on peut participer ou non à des organisations ou à des activités séculières?

 

Si des membres de l’Église risquaient d’être séduits par un tel mensonge et de croire qu’un tel péché est correct, on ne peut pas tromper Celui qui a “les yeux comme une flamme de feu et dont les pieds sont semblables à du bronze” prêts à piétiner les méchants. Après avoir fait l’éloge de tout ce qui est digne de louange (bonnes oeuvres, foi, amour, service rendu aux frères, persévérance), le Seigneur adresse des reproches à son Église. Oui, l’Église de Thyatire était demeurée un chandelier fidèle qui faisait briller la lumière de Jésus autour d’elle, mais cela ne devait pas être une excuse pour refuser d’exercer la discipline. “Mais ce que j’ai contre toi, c’est que tu laisses la femme Jézabel, qui se dit prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs.” L’Église n’a peut-être pas succombé à la tentation des enseignements de Jézabel, mais le fait qu’une telle femme soit tolérée dans l’Église est un péché pour lequel l’Église a été réprimandée par le Seigneur. Tout comme l’Église de Pergame, l’Église de Thyatire n’a pas su maintenir une saine discipline ecclésiale.

 

5. Jugement (2:21-23)

 

La gravité de la négligence de la discipline de l’Église est illustrée par le jugement prononcé contre la femme Jézabel. Elle a eu du temps pour se repentir, mais elle n’en a pas profité. Le Seigneur a été vraiment patient! Il lui a laissé du temps pour se repentir! Mais maintenant, la patience est terminée. “Voici que je la jette sur un lit ainsi que dans une grande tribulation.” Le lit sur lequel elle a commis la fornication sera changé en lit de malade. Elle sera sévèrement frappée de maladie. Ses disciples seront également punis, mais le Seigneur leur donne encore du temps pour se repentir: “à moins qu’ils ne se repentent de ses oeuvres”. Mais s’ils endurcissent leurs coeurs, ils seront également soumis à une grande angoisse. La femme subira un autre jugement: “Je frapperai de morts ses enfants.” Ses enfants subiront une mort soudaine et violente. Ce fut d’ailleurs la punition infligée à la vraie Jézabel et aux 70 fils d’Achab à cause du péché d’Achab contre Naboth sous l’instigation de Jézabel (1 Rois 21:17-29; 2 Rois 9:30-37; 10:1-11).

 

Toutes les Églises connaîtront que moi, je suis celui qui sonde les reins et les coeurs, et je vous rendrai à chacun selon ses oeuvres.” (2:23). Ce jugement manifestera la gloire et la puissance du Seigneur. Toutes les Églises verront alors que le Christ est le Seigneur suprême qui ne juge pas selon les apparences, mais selon les oeuvres de chacun.

 

Puisque le Seigneur sonde les pensées et les coeurs, comment devrions-nous alors le servir?

 

Celui qui sonde les reins et les coeurs” est la signification littérale de l’image symbolique du Fils de Dieu “qui a les yeux comme une flamme de feu”. Ses yeux pénétrants comme des flammes de feu voient les motivations secrètes de ceux qui suivent l’enseignement de Jézabel. Ceux qui sont impliqués dans l’idolâtrie sont peut-être capables de cacher leur mauvais motifs aux yeux des hommes, mais ils ne peuvent les cacher du regard pénétrant de Dieu. Le Seigneur sait qu’au fond cette belle “théorie diabolique” n’est qu’un masque pour cacher leur refus de souffrir la persécution par amour pour Jésus-Christ. Sa parfaite connaissance de nos pensées les plus profondes lui permet d’exercer un jugement équitable envers ceux qui ne se repentent pas et d’accorder de justes récompenses aux fidèles.

 

Comment comprendre que le Seigneur récompense chaque membre de l’Église selon ses oeuvres?

 

6. Recommandation (2:24-25)

 

Il y a des chrétiens à Thyatire qui n’ont pas été séduits par cet enseignement trompeur. Le Seigneur s’adresse maintenant au reste des fidèles qui ne voulaient rien avoir affaire avec l’enseignement pernicieux de Jézabel. Il leur dit: “Je ne mets pas sur vous d’autre fardeau”. Cela peut vouloir dire qu’il leur demande seulement de s’abstenir de l’idolâtrie et de la fornication (voir 2:21,34 et Actes 15:29). Leur seul souci devrait être de continuer à demeurer fermes, sans compromis, jusqu’à ce que le Seigneur vienne. “Seulement, ce que vous avez, tenez-le ferme, jusqu’à ce que je vienne.” L’expression “tenez-le ferme” est forte et indique qu’ils doivent s’attacher de tout leur pouvoir à ce qu’ils ont. Il s’agit sans doute du précieux Évangile avec ses promesses et ses obligations. Le verset 24 pourrait aussi signifier que le Seigneur n’accablera pas l’Église par d’autres jugements ou ne l’exposera pas à d’autres afflictions. Seulement, ne vous laissez pas aller pour autant. “Ce que vous avez, tenez-le ferme, jusqu’à ce que je vienne.” Le combat n’est pas encore terminé et ne le sera pas tant que le jour ne paraîtra pas. Il est important d’entendre régulièrement l’exhortation à demeurer fermes et à persévérer jusqu’à la fin, car notre combat va durer jusque là, il ne va cesser que le jour où le Seigneur reviendra.

 

7. Promesse (2:26-28)

 

Quelle promesse est faite au vainqueur? Que signifie-t-elle?

 

Au vainqueur, à celui qui garde mes oeuvres jusqu’à la fin, je donnerai autorité sur les nations. Avec un sceptre de fer il les fera paître, comme on brise les vases d’argile, ainsi que j’en ai reçu moi-même le pouvoir de mon Père. Et je lui donnerai l’étoile du matin.” (2:26-28).

 

Garder mes oeuvres” signifie demeurer obéissant au Seigneur. La promesse est pour ceux qui font preuve de persévérance dans la foi et l’obéissance et qui le seront jusqu’à la fin. La première promesse, qui vient du Psaume 2:8-9, donne à l’Église l’assurance que l’Église victorieuse régnera avec le Christ sur les nations qui verront leur puissance réduite en morceaux. Au début de la lettre, Jésus s’était présenté comme “le Fils de Dieu”, titre qui vient du Psaume 2. Et maintenant, il nous assure qu’il a déjà commencé à accomplir la prophétie et qu’à la fin il fera participer les vainqueurs à son règne. La situation sera complètement renversée. Aujourd’hui, le monde opprime les fidèles qui désirent garder bonne conscience. Un jour, les fidèles qui seront demeurés loyaux envers leur Seigneur régneront sur le monde. Au jour du jugement, Jésus-Christ condamnera les pécheurs non-repentants, tandis que ses fidèles auront part à son règne et à sa domination sur les nations. Au jour du jugement, les méchants seront brisés comme des vases d’argile. Les potiers de Thyatire étaient en mesure de comprendre ce que cela voulait dire…

 

La deuxième promesse est celle-ci: “Je lui donnerai l’étoile du matin.” En Apocalypse 22:16, Jésus lui-même est appelé “la postérité de David, l’étoile brillante du matin”. L’étoile du matin est associée à la royauté de Jésus. En Nombres 24:17, nous lisons ceci: “Je le vois, mais non maintenant, je le contemple, mais non de près. Un astre sort de Jacob, un sceptre s’élève d’Israël.” Il s’agit encore une fois d’une prophétie messianique annonçant la venue du grand Roi. Cette promesse peut donc signifier la communion que nous aurons avec le Christ dans son règne. Elle peut également vouloir dire qu’un jour nouveau se lèvera sur l’Église fidèle, le jour de son salut éternel dans le royaume à venir. Malgré les prétentions de l’empereur romain, c’est Jésus-Christ le véritable souverain mondial. Son règne est déjà commencé par sa mort, sa résurrection et son ascension. Il sera pleinement accompli lors de son retour en gloire. Tout comme l’étoile du matin règne dans le ciel et annonce triomphalement l’arrivée d’un jour nouveau, de même ceux qui sont fidèles au Seigneur ont la magnifique promesse de régner avec lui dans la gloire et la splendeur de son règne.

 

Paulin Bédard, pasteur


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