La mesure du temple et les deux témoins

Source: Creative Commons, Flickr, Mary
APOCALYPSE 11:1-14
LA MESURE DU TEMPLE ET LES DEUX TÉMOINS
Apocalypse 10 et 11 constituent une sorte de parenthèse entre les six premières trompettes (Apocalypse 8 et 9) et la septième trompette (11:15-19). Les six premières trompettes ont déjà sonné, provoquant des troubles et des malheurs sur la terre et sur ses habitants. Il ne reste plus que la septième trompette que Jean décrira bientôt. La parenthèse d’Apocalypse 10:1 à 11:14 explique la relation qui existe entre les non croyants et les croyants durant la période où les trompettes de jugement sonnent. Les non croyants persécutent les croyants, mais les chrétiens sont rendus capables de témoigner fidèlement. C’est ce que nous avions vu dans la vision précédente du chapitre 10. Jean y décrivait le petit rouleau qu’il a mangé et qui avait un goût à la fois doux et amer. La Parole de Dieu est douce et agréable au goût pour les enfants de Dieu, mais sa proclamation dans le monde s’accompagne de difficultés et de persécutions. Le livre de l’Apocalypse n’est toutefois pas là pour décourager les chrétiens qui souffrent dans le monde. Au contraire, ce livre nous est donné pour notre consolation et notre encouragement.
Thème: Dieu protège ses témoins au milieu des souffrances et des persécutions; dans l’apparente défaite, il les rendra victorieux et jugera ses ennemis.
1. La mesure du Temple (11:1-2)
2. Les deux témoins (11:3-4)
3. Le pouvoir des deux témoins (11:5-6)
4. La mise à mort des deux témoins (11:7-10)
5. L’ascension des deux témoins (11:11-12)
6. Le début de la fin (11:13-14)
1. La mesure du Temple (11:1-2)
Jean reçoit l’ordre de faire un geste prophétique. Il reçoit un roseau et on lui donne l’ordre suivant: “Lève-toi et mesure le temple de Dieu, l’autel et ceux qui adorent là”. Ceux qui interprètent l’Apocalypse de façon littérale pensent qu’un temple littéral sera rebâti à Jérusalem en Palestine peu avant le retour du Seigneur et que “ceux qui adorent là” sont un reste de Juifs devenus croyants protégés physiquement par Dieu. D’autres pensent que Jean décrit ici des événements qui se sont produits il y a longtemps à Jérusalem, juste un peu avant la destruction du temple et de la ville en l’an 70 de notre ère. Il faut plutôt comprendre la prophétie de manière figurative.
Quelle est la signification du geste de mesurer le temple?
L’action de mesurer le temple nous indique que le plan de Dieu est bien proportionné et que Dieu est en parfait contrôle de tout ce qui arrive à ses serviteurs. Ce geste de mesurer représente la protection dont jouit le peuple de Dieu (voir Ésaïe 28:16-17; Jérémie 31:38-40; Zacharie 1:16; Michée 2:4-5). Le temple de Dieu est la communauté des chrétiens, aussi bien d’origine juive que d’origine païenne, qui a reçu la promesse de la présence de Dieu au milieu d’elle. La foi des croyants sera fortifiée par sa présence et le peuple de Dieu ne sera pas contaminé par toutes sortes d’influences mauvaises qui viendraient détourner sa foi ou le détourner de la véritable adoration rendue à son Dieu. L’ordre de mesurer doit être compris du point de vue de Dieu et correspond à l’action de sceller les enfants de Dieu (7:3-8). Ce n’est pas seulement le temple et l’autel qu’il faut mesurer, mais aussi ceux qui adorent là, ce qui confirme la nature symbolique de cette description. Nous ne devrions pas espérer qu’un jour un temple littéral soit rebâti à Jérusalem et que le système sacrificiel de l’Ancien Testament reprenne vigueur. Hébreux 10 à 12 affirme que le sacrifice de Jésus-Christ a définitivement aboli cet ancien système et en a pleinement accompli toute la signification. La prophétie de la reconstruction du temple annoncée par Ézéchiel (Ézéchiel 40 à 48) était une annonce figurée du sacrifice de Jésus sur la croix et de la construction du véritable nouveau temple de Dieu qu’est l’Église. L’apôtre Paul dit que nous sommes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en nous (1 Corinthiens 3:16-17). Nous sommes un temple saint dans le Seigneur, une habitation de Dieu en Esprit (Éphésiens 2:21-22). Le “temple de Dieu” doit donc être pris dans son sens symbolique, comme en Apocalypse 3:12, c’est-à-dire l’assemblée des vrais croyants, le sacerdoce royal dont parle Apocalypse 5:20. Cette vision de Jean donne l’assurance que, peu importe ce que l’Église peut souffrir, elle sera préservée et soutenue par Dieu contre la rage du monde entier.
Comment se fait-il que le parvis extérieur du temple soit laissé de côté et qu’il soit abandonné aux nations qui fouleront aux pieds la ville sainte pendant 1260 jours? Certains ont compris que ce parvis symbolisait les chrétiens persécutés qui ne bénéficient pas de la protection physique de Dieu, qui souffrent dans ce monde, mais qui sont tout de même spirituellement protégés au milieu de ce monde ennemi de Dieu. Il est possible aussi que ce soient les incroyants qui persistent dans leur incrédulité et leur méchanceté, ou encore les chrétiens de nom, ceux qui appartiennent extérieurement à l’Église, mais qui ne sont pas de vrais chrétiens. Le parvis extérieur “a été donné aux nations”, c’est-à-dire à l’humanité en général qui s’oppose à Dieu. Si les gens qui sont dans ce parvis sont des vrais chrétiens, ils bénéficient de la protection divine, même si en apparence ils semblent laissés à eux-mêmes, sans défense. S’il s’agit des incrédules ou des apostats, ils ne bénéficient pas de la protection divine. Les idées du monde s’infiltrent dans leurs pensées. Ils aiment le monde et sa façon de vivre. Quoi qu’il en soit, le fait que ces nations “fouleront aux pieds la ville sainte pendant quarante-deux mois” montre que le monde déteste Jésus et ses disciples et qu’ils sont en guerre contre les croyants. La ville sainte semble représenter la communauté des croyants où Dieu habite. Tous les vrais croyants peuvent être assurés qu’ils sont “mesurés”, protégés par Dieu, même s’ils subissent les assauts des nations et malgré les diverses souffrances qu’ils doivent traverser. Tout comme Jésus l’a fait dans les Évangiles, Jean prépare ici les chrétiens à l’idée de devoir encore souffrir pour le beau nom de Jésus, mais avec l’assurance qu’ils sont un peuple mis à part où Dieu habite et à qui il accorde sa protection.
La période de 42 mois est une figure de la période d’épreuves des derniers temps prophétisée à quelques reprises par Daniel (Daniel 7:25; 9:27; 12:7; 11-12). Cette durée correspond aux 1260 jours mentionnés au verset 3, c’est-à-dire le temps du témoignage des deux témoins (un mois est pris comme étant trente jours). Ces 1260 jours correspondent à leur tour à la durée du séjour de la femme dans le désert (12:6), qui, en Apocalypse 12:14, égale “un temps, des temps et la moitié d’un temps” (voir Daniel 7:5; 12:7). Quand on combine ces différentes informations, nous pouvons conclure que les 42 mois, les 1260 jours et un temps, des temps et la moitié d’un temps désignent l’époque de la manifestation de la puissance anti-chrétienne qui avait été annoncée d’avance dans l’Ancien Testament (Daniel 7) et qui est accomplie à l’époque du Nouveau Testament. Ce sont des temps de bouleversements, comme Actes 2:17-21 nous l’illustre, des temps appelés “les derniers jours”, couvrant essentiellement la période du Nouveau Testament, entre la première venue de Jésus et son retour en gloire. Ces temps où le parvis extérieur et la ville sainte sont foulés aux pieds et où la bête surgit de l’abîme sont les mêmes temps où le temple est mesuré et où les témoins rendent témoignage. Il est intéressant de se rappeler que le ministère terrestre de Jésus a duré environ trois ans et demi. Les témoins de Jésus, pendant leur témoignage qui leur amène des souffrances, peuvent s’identifier aux souffrances de leur Maître, le Témoin fidèle et véritable (1:5; 3:14). D’ailleurs, la suite de la vision est comme un réplique du ministère de Jésus: la proclamation des deux témoins, les persécutions contre eux, leur mort violente, la joie de leurs adversaires, puis les témoins sont victorieux, élevés au ciel sur un nuage.
2. Les deux témoins (11:3-4)
Dans quel but Dieu mesure-t-il et protège-t-il son peuple dans ce monde? C’est dans le but qu’ils rendent efficacement témoignage de Jésus-Christ dans le monde. Nous ne pouvons pas seulement nous réjouir d’être protégés, nous avons une mission dans le monde! Voilà le sens des versets suivants. Bien que les nations aient reçu le pouvoir de fouler aux pieds la ville sainte, Dieu habite au milieu de son peuple en vue de leur donner la force de persévérer dans la foi et dans leur témoignage chrétien. Le Seigneur a des témoins qui lui appartiennent. “J’accorderai à mes deux témoins le don de prophétiser, revêtus de sacs pendant 1260 jours”, dit-il (11:3).
L’article possessif “mes” indique que les deux témoins sont des serviteurs du Seigneur Jésus, envoyés par lui pour prononcer, non pas leurs paroles, mais sa Parole. Ils rendent témoignage “pendant 1260 jours”, c’est-à-dire, comme nous l’avons noté, la période de temps couvrant l’époque du Nouveau Testament jusqu’au retour de Jésus. Ils prophétisent “revêtus de sac”, ce qui indique qu’ils s’attristent du jugement qui s’en vient sur ceux qui refusent leur témoignage, avec l’espoir que certains se repentiront. Leur message contient donc un appel à la repentance adressé aux gens qui se sont détournés du Seigneur. Le nombre des témoins ne doit pas être pris littéralement. La durée de leur prophétie porte à croire que les deux ne sont pas limités à deux individus, mais sont des représentants de tout un groupe de gens. Ils prophétisent aussi longtemps que le peuple de Dieu est opprimé sur terre.
Le verset 4 donne davantage d’information. Le fait que ces deux témoins soient “les deux oliviers et les deux chandeliers qui se tiennent devant le Seigneur de la terre” rappelle la cinquième vision nocturne de Zacharie (Zacharie 4). Dans cette vision, le prophète a vu un chandelier avec sept lampes, ayant un olivier de chaque côté qui fournissait continuellement de l’huile aux lampes. Les arbres représentaient les dirigeants des exilés revenus d’exil, Josué et Zorobabel, par qui le Saint-Esprit, la source d’huile, allait compléter la construction du temple. Malgré l’opposition, le peuple d’Israël avait reçu l’assurance que Dieu le rendrait capable de compléter la reconstruction du temple. “Ce n’est ni par la puissance, ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit l’Éternel des armées.” (Zacharie 4:6). De son côté, Jean dans sa vision a remarqué, non pas un chandelier, mais deux chandeliers. On se souvient que, dans Apocalypse 1:20, le chandelier représente l’Église. Les arbres et les chandeliers sont identifiés les uns aux autres; ils deviennent un. Il y a ici une progression par rapport à la prophétie de Zacharie. Ce que le Saint-Esprit a fait au temps de Zacharie par les dirigeants qu’il avait choisis, il le fait dans les derniers jours par l’Église de Jésus-Christ. Il témoigne non pas seulement au moyen de ceux qui ont des fonctions spéciales, mais au moyen de tous les croyants qui sont devenus prophètes, prêtres et rois devant le Seigneur (voir Jérémie 31:34; Actes 2:17; 1 Jean 2:20,26-27). Depuis le jour de la Pentecôte, ce sont tous les croyants qui ont reçu le Saint-Esprit et qui sont en mesure de prophétiser (Actes 2:18). C’est toute la communauté des croyants qui témoigne de Jésus-Christ (6:9; 12:11,17). Malgré l’opposition encore aujourd’hui, nous recevons l’assurance que la puissance du Saint-Esprit nous rendra capables d’accomplir notre mission et de témoigner en faveur de Jésus-Christ dans ce monde qui s’oppose à lui, avec la certitude que Dieu complétera la construction de son Église.
Pourquoi alors Dieu a-t-il deux témoins?
Pourquoi le nombre deux? Dans la Bible, le fait d’avoir deux ou trois témoins rend le témoignage beaucoup plus fort. Le témoignage devient légal, valide, et permet d’établir la vérité d’un fait ou la culpabilité d’un criminel, par exemple. Le nombre deux souligne à la fois le sérieux et la certitude de leur témoignage, en même temps qu’il établit la culpabilité de ceux qui ne croient pas dans la Parole de Dieu. Le témoignage de l’Église en faveur de Jésus-Christ est vrai et certain, en même temps il rend inexcusable ceux qui le rejettent.
3. Le pouvoir des deux témoins (11:5-6)
Dieu habite au milieu de son peuple pour le protéger, pour faire de lui son témoin fidèle, mais aussi pour lui donner la puissance nécessaire à son témoignage. Les versets 5 et 6 décrivent le pouvoir invincible qu’ils ont reçu de Dieu. “Si quelqu’un veut leur nuire, du feu sort de leur bouche et dévore leurs ennemis. Oui, si quelqu’un veut leur nuire, il faut qu’il soit tué de cette manière. Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu’il ne tombe pas de pluie pendant les jours de leur prophétie, et ils ont le pouvoir de changer les eaux en sang et de frapper la terre de toute espère de plaie, chaque fois qu’ils le veulent.” Saviez-vous que vous aviez ce genre de pouvoir? Cette description rappelle les miracles accomplis par les prophètes Élie et Moïse. Élie a demandé au feu de descendre sur le chef de cinquante et sur ses cinquante hommes qui avaient provoqué la colère de Dieu (2 Rois 1:10). Il a aussi prié pour que le ciel se ferme et qu’il ne pleuve pas (1 Rois 17:1). Moïse a reçu le pouvoir de changer l’eau en sang et de frapper la terre de toutes sortes de plaies (Exode 7:20). Ces ressemblances révèlent que les deux témoins prophétisent avec l’esprit et la puissance de ces deux grands témoins de l’Ancien Testament.
L’Église est-elle appelée à accomplir des miracles? Quelle est exactement sa tâche?
Cela ne veut pas dire que les témoins accomplissent toutes sortes de miracles comme Moïse et Élie l’ont fait. Si quelqu’un veut nuire aux deux témoins “du feu sort de leur bouche” (11:5). Cela ne veut pas dire qu’ils deviennent des cracheurs de flamme. Cela signifie plutôt que leur parole prophétique qu’ils prononcent, en lien avec leur mission de témoins, a le pouvoir du feu et frappe comme la force du feu qui consume leurs ennemis (voir Jérémie 23:29). Les cieux sont fermés par leur parole, les eaux se changent en sang et la terre est frappée de toutes sortes de plaies. En d’autres mots, le témoignage fidèle de l’Église qui annonce Jésus-Christ produit tous les jugements que l’Apocalypse prophétise. Tout comme les prières des croyants sont des instruments amenant la venue de ces jugements (8:1-5), de même le témoignage de l’Église est un instrument annonçant et préparant les jugements de Dieu contre ceux qui rejettent leur témoignage. Une grande autorité et une énorme puissance est donnée à l’Église qui témoigne. Le monde n’en est pas conscient, l’Église elle-même peut très souvent ne pas le réaliser, mais comme le montre l’histoire de l’Église, cette puissance se fait sentir partout et chaque fois où l’épée de la Parole est brandie (voir Jérémie 5:14). Malgré les souffrances, les persécutions physiques, économiques, sociales, politiques, et même la mort que les chrétiens peuvent subir, ils sont protégés par Dieu (“si quelqu’un veut leur nuire…”). Ils ont de plus reçu une puissance invincible, celle du Saint-Esprit, leur permettant de poursuivre leur mission spirituelle à laquelle ils ont été appelés.
4. La mise à mort des deux témoins (11:7-9)
Aussi longtemps que durent leurs jours de prophétie, les témoins peuvent rencontrer de la résistance, mais Dieu continue de les défendre et de les soutenir. Mais lorsque les témoins ont complété leur témoignage, les rôles sont renversés. “Quand ils auront achevé leur témoignage, la bête qui monte de l’abîme leur fera la guerre, les vaincra et les tuera.” (11:7). La bête qui monte de l’abîme, c’est-à-dire l’incarnation du mal et de la haine, dont il sera davantage question au chapitre 13, reçoit l’occasion de faire la guerre aux témoins. Le verbe “achevé” ou “complété” du verset 7 ainsi que l’ensemble de la description indiquent clairement que la vision porte tout spécialement son attention sur l’attaque finale de la bête à la fin de l’histoire. Cela va se produire juste avant le retour de Jésus dans sa gloire.
La défaite des croyants est décrite dans les termes que l’on trouve en Daniel 7. Daniel 7:21 est une prophétie d’un dernier royaume sur terre qui persécutera et vaincra le peuple de Dieu, après quoi les persécuteurs eux-mêmes seront jugés et les croyants hériteront le royaume du monde (Daniel 7:22-27). D’après Jean, cette prophétie s’accomplira avec la persécution de l’Église par le monde à la fin de l’histoire. La mention de “la bête qui monte de l’abîme” est vague sur le plan temporel et laisse entendre que sa montée a commencé à s’effectuer tout au long de la période du témoignage de l’Église pour culminer lors de son apparition à la fin de l’histoire. La bête est désignée par un article défini qui souligne que la défaite de l’Église aura lieu à la fin de l’histoire, mais l’esprit de la bête a toujours été présent chez les persécuteurs de l’Église tout au long de l’histoire et se manifestera plus ouvertement à la fin en vue d’exterminer l’Église. Mais rassurons-nous, car cette bête sera détruite par la venue de Jésus. Comme la ville sainte foulée aux pieds par les nations inclut les diverses attaques contre le peuple de l’alliance apostat tout au long de l’histoire, de même l’attaque finale contre les deux témoins est précédée de toutes les persécutions, les martyres de l’Église rendant témoignage tout au long de l’histoire. Pensons aux persécutions dans le livre des Actes, la persécution romaine, les guerres islamiques, l’inquisition, les attaques du national-socialisme ou du régime communiste contre l’Église fidèle. Il en résulte que les témoins de la vérité sont devenus des martyrs pour la vérité. Le point culminant de ce combat est décrit ici par la réalité des corps morts des deux témoins gisant dans la rue de la grande ville.
La bête remporte la victoire sur les témoins de Dieu et les tue. Cela ne veut pas dire que tous les croyants seront mis à mort ni que l’Église en tant que corps du Christ sera détruite, mais plutôt que son témoignage public sera réduit au silence et que les services qu’elle rend seront restreints. En tant qu’institution visible, elle sera éliminée. Ce qui reste c’est le corps mort des témoins, gisant dans la rue de la grande ville. La véritable Église ne sera jamais exterminée de la terre, mais elle semblera vaincue dans son rôle de témoin. Elle va sembler toute petite et insignifiante et sera méprisée.
Dans l’Ancien Testament, “la grande ville” était le nom de Ninive (Jonas 4:11), puis plus tard de Babylone (Daniel 4:30). Le nom de Babylone revient souvent dans la deuxième partie de l’Apocalypse (14:8; 16:19; 17:5; 18:2,10,21), accompagné de l’expression “la grande” ou “la grande ville”. Cette ville où les cadavres des témoins de Dieu gisent est aussi spirituellement appelée “Sodome et l’Égypte”. Ce sont les exemples classiques d’immoralité et d’oppression (voir Genèse 18:32-19:3; Exode 1), de même que des jugements de Dieu provoquant la destruction totale et la plénitude des fléaux. Dans ces anciennes villes, la séduction du péché et l’oppression se faisaient fortement sentir sur les croyants. La description se termine par la précision suivante: “Là où leur Seigneur a été crucifié”, c’est-à-dire la ville de Jérusalem apostate, qui a rejeté son Messie et qui représente le centre de l’opposition contre Dieu. On peut comprendre que tout ce verset décrit le monde sans Dieu qui est devenu pire que les nations païennes, comme Jérusalem qui a tué Jésus. Une partie de ce monde est incrédule, une autre partie est apostate, elle a rejeté l’alliance de Dieu et la foi en Dieu. C’est ce monde désigné par cette grande ville qui complétera le rejet du Christ par la mise à mort de ses témoins.
“Des hommes d’entre les peuples, les tribus, les langues et les nations verront leurs cadavres pendant trois jours et demi, et ils ne permettront pas qu’on mette leurs cadavres dans une tombe.” (11:9). Cet acte souligne le rejet total non seulement des témoins de Dieu, mais aussi de leur témoignage. On refuse même d’enterrer les témoins mis à mort, ce qui est un acte de mépris complet, au lieu de se repentir et de s’humilier devant Dieu. Ce rejet devient universel. Des gens de diverses nations et de différentes langues verront la défaite de l’Église. Les rôles semblent renversés: ceux qui étaient témoins de Dieu sont morts, tandis que les ennemis de Dieu sont témoins de cette apparente défaite.
Pour quelle raison ces gens agissent-ils de cette manière contre les témoins de Dieu?
La raison pour laquelle ces gens agissent ainsi est que la mort des témoins signifie la fin de leur tourment. “…parce que ces deux prophètes ont tourmenté les habitants de la terre” (11:10). La prédication des témoins les avait irrités et avaient troublé leur paix. Les témoins ont parcouru la terre pour annoncer à ses habitants le jugement de Dieu contre eux (voir 1 Rois 18:17; Marc 6:20; Apocalypse 11:5-6). Tout cela est maintenant fini. Ces habitants idolâtres et non repentants peuvent vivre leur vie sans interférence et sans regret. Ils sont même dans la joie et dans l’allégresse! Puisque les témoins sont vaincus, le jugement prédit ne se réalisera pas. Du moins, c’est ce qu’ils s’imaginent, mais leur paix sera de courte durée. Les versets 9 et 11 parlent de trois jours et demi. Comparés aux 1260 jours du verset 3, c’est une bien courte période. Cela fait penser à la mort de Jésus et à sa résurrection trois jours plus tard. L’apparente défaite de Jésus fut de courte durée et préparait son éclatante victoire du matin de Pâques! Quelle est la durée exacte de cette défaite de l’Église? Nous ne savons pas, pas plus que nous ne savons quelle période de temps représentent les 1260 jours de son témoignage. Il nous suffit de comprendre que la victoire de l’ennemi sera brève et insignifiante. Par la puissance de Dieu, ce qui semblait une victoire complète sera changé en défaite totale.
5. La montée et l’ascension des deux témoins (11:11-12)
Ces versets ne parlent pas de la résurrection du corps, comme nous le confessons dans le Symbole des apôtres, mais de la “montée” des deux témoins, c’est-à-dire la restauration de l’Église, l’assemblée visible des croyants, représentée par les deux témoins. Le souffle de vie venant de Dieu qui entrera en eux est le souffle de vie dont il est question en Genèse 2:7. Ils se tiennent sur leurs pieds, ce qui nous rappelle la vision d’Ézéchiel 37 qui annonçait la restauration du peuple d’Israël exilé. Ceux qui voient ce qui arrive aux corps morts des témoins sont frappés de stupeur. La main de Dieu se révèle clairement.
Ce n’est que le début. Appelés à monter au ciel par une voix forte, les témoins montent dans un nuage, c’est-à-dire dans la gloire, devant les yeux de leurs ennemis. Ceux-ci sont des témoins involontaires de l’exaltation de l’Église qui précédera le jugement dernier (voir 20:1-4).
Quelle est la signification de l’ascension de l’Église décrite dans cette vision?
Cette vision utilise une terminologie rattachée au grand jour du Seigneur. La victoire finale de l’Église est comparée à l’ascension de Jésus au ciel devant les yeux de ses disciples. Il se peut que cette vision se rapporte à l’enlèvement corporel de toute l’Église à la toute fin des temps (1 Thessaloniciens 4:16-17), non pas avant la grande tribulation, mais après avoir souffert durant toute cette période de tribulation. Il est possible également de comprendre cette montée au ciel de façon non littérale, en lien avec le rôle prophétique de l’Église. C’est “un esprit de vie venant de Dieu” (11:11) qui redonna vie aux deux témoins, après quoi ils montèrent au ciel. Il arrivait aux prophètes de l’Ancien Testament de monter dans les sphères célestes “en Esprit” (Ézéchiel 1:12,20; 3:12,14; 8:3; 11:1,24; 37:1). Jean lui-même fut ravi en esprit et monta au ciel pour qu’il lui soit donné de recevoir ses visions (Apocalypse 4:1-2). Il se peut alors que la montée des deux témoins au ciel dans la nuée représente l’approbation divine sur leur ministère prophétique. On se souvient que l’autorité prophétique d’Élie fut confirmée par Dieu à la fin de son ministère par sa montée au ciel (1 Rois 2:11). Le monde incrédule rejette les témoins du Christ qui annoncent le message prophétique de jugement et de salut, mais Dieu défendra ses témoins et fera la démonstration devant tous qu’ils sont de véritables et authentiques témoins. Cela se produira de manière complète et définitive à la fin de l’histoire, quand l’Église sera pleinement glorifiée, à la fin de sa carrière prophétique, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’accomplissement initial. Il arrive souvent que le Seigneur relève son Église des profondeurs de la persécution. Nous attendons cependant le jour de la glorification où l’Église ne vivra plus dans l’humiliation, mais où elle aura pleinement part à la gloire de son Rédempteur. Les yeux de tous ses ennemis le verront et devront reconnaître la victoire de Dieu et lui rendre gloire. Ils n’auront aucune excuse d’avoir rejeté la proclamation de la Parole de Dieu annoncée par l’Église du Seigneur.
6. Le début de la fin (11:13-14)
Le jugement annoncé par les témoins commence immédiatement après que leurs ennemis voient monter au ciel les témoins qu’ils avaient mal jugés. “A cette heure-là, il y eut un grand tremblement de terre, et la dixième partie de la ville s’écroula. Sept mille hommes furent tués dans ce tremblement de terre, les autres furent effrayés et donnèrent gloire au Dieu du ciel.” Le grand tremblement de terre coïncide avec leur exaltation et est un signe de l’imminence de la fin (voir Ézéchiel 38:19-20). Un dixième de la ville tombe et 7000 personnes sont tuées. Ce nombre doit encore être pris symboliquement. Il nous parle de désastres, encore limités, mais qui sont des signes de la perdition totale indiquée par les nombres dix et sept qui annoncent la plénitude. Nous assistons au début de la fin.
Comment devrions-nous comprendre la réaction des survivants au tremblement de terre?
Les survivants semblent le comprendre, car ils sont terrifiés et rendent gloire au Dieu du ciel. Ils perçoivent l’approbation divine donnée aux témoins de Dieu et sont effrayés de voir que les jugements annoncés par les témoins n’étaient pas vide de sens, mais qu’ils se réaliseront. Leur réaction signifie-t-elle qu’ils se convertissent? Il est possible de le comprendre de cette façon. Le jugement des incroyants amènerait les survivants à se repentir et à croire au message des témoins. Mais cela est loin d’être assuré. La réaction de Neboukadnetsar, qui a été amené à glorifier Dieu (Daniel 2:47; 3:28; 4), n’était pas le signe d’une conversion authentique. Rien n’indique qu’il ait cessé d’adorer les idoles babyloniennes. Les prophètes de l’Ancien Testament annonçaient souvent des actes puissants de Dieu par lesquels tous les ennemis de Dieu “sauront que je suis l’Éternel”. De plus, si l’image du tremblement de terre du verset 13 indique le début du jugement dernier, il n’est pas vraiment possible de comprendre que les non croyants auront alors une “deuxième chance”. Le contexte indique plutôt que les témoins du Seigneur, à la fin de leur carrière prophétique, reçoivent une attestation divine, mais qu’il est alors trop tard pour ceux qui n’ont pas bien accueilli leur message. À la fin des temps, tous les hommes seront forcés de reconnaître la seigneurie de Jésus et devront s’incliner devant lui, sans pourtant avoir été convertis durant cette vie. “Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.” (Philippiens 2:9-11).
Paulin Bédard, pasteur
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