La moisson et la vendange de la terre

Source: Creative Commons, Flickr, Mary
APOCALYPSE 14:14-20
LA MOISSON ET LA VENDANGE DE LA TERRE
Les deux visions précédentes nous ont déjà révélé la gloire éternelle des rachetés symbolisés par les 144 000 (14:1-5) et ont proclamé l’arrivée du jugement réservé à ceux qui adorent l’image de la bête (14:6-13). Une nouvelle vision vient maintenant confirmer la venue du jugement dernier. Le jugement a maintenant lieu. Ce jugement est représenté par deux symboles: la moisson et la vendange.
Thème: Les incroyants subiront certainement le jugement de Dieu à la fin des temps.
Ce jugement est symbolisé par:
1. La moisson de la terre (14:14-16)
2. La vendange de la terre (14:17-20)
1. La moisson de la terre (14:14-16)
Jean voit un nuage blanc sur lequel était assis “quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme”. Cette image vient de la vision du Fils de l’homme de Daniel 7:13. Au verset 15, nous apprenons qu’un ange donne l’ordre à ce fils d’homme de lancer sa faucille et de moissonner. Certains en ont conclu que ce fils d’homme ne pouvait pas être Jésus-Christ, mais devait être un autre ange. Cette explication serait acceptable si l’on tenait seulement compte de l’expression “qui ressemblait à un fils d’homme”. La référence à Daniel parle toutefois clairement du Messie. Plusieurs passages des Évangiles nous montrent également que ce Fils de l’homme annoncé en Daniel 7 est Jésus-Christ. En Matthieu 24:30, Jésus prophétise sa venue en disant: “Alors le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel, toutes les tribus de la terre se lamenteront, et elles verront le fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec beaucoup de puissance et de gloire.” Dans le contexte de Matthieu 24, nous voyons que le Fils de l’homme viendra autant pour juger les méchants que pour racheter ses élus. Le premier chapitre de l’Apocalypse avait d’ailleurs révélé la gloire de Jésus-Christ sous les traits de ce Fils de l’homme de Daniel 7. “Voici qu’il vient avec les nuées. Tout homme le verra, même ceux qui l’ont percé; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à son sujet.” (Apocalypse 1:7). Le fait que, dans notre texte, ce Fils d’homme reçoive un ordre d’un ange n’empêche pas qu’il puisse s’agir de Jésus, car l’ange sort du temple, c’est-à-dire de la présence de Dieu. Cet ange est autorisé à transmettre l’ordre de Dieu à Jésus, qui, en tant que Fils de l’homme, est aussi le serviteur du Seigneur. Les anges ne communiquent d’ailleurs pas de message de leur propre initiative, mais transmettent des messages de la part de Dieu en tant que messagers divins.
Ce Fils d’homme fait donc son apparition dans la gloire représentée par le nuage blanc. Il porte, non pas une couronne d’épines, symbole de son humiliation, mais une couronne d’or.
Pourquoi dans cette vision Jésus porte-t-il une couronne d’or et non une couronne d’épines?
Cette couronne d’or est le symbole de domination et de victoire. Jésus est le Roi de son peuple. Ceux qui sont unis à lui portent également une couronne d’or, signifiant qu’ils règnent avec lui 2:10; 3:11; 4:4,10; 12:1). Jésus est également le Roi qui règne sur ses ennemis (19:12). Jésus se présente en Vainqueur venu pour vaincre afin d’établir le droit et la justice sur terre.
Dans sa main, il transporte une faucille tranchante. L’ange sorti du temple lui donne l’ordre de lancer sa faucille et de moissonner. En fait, l’ange ne fait pas que lui donner un ordre, il l’informe que le moment est arrivé de moissonner. Jésus doit en être informé, car en Marc 13:32, il avait dit à ses disciples: “Pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais le Père seul.” Et Paul ajoute en 1 Thessaloniciens 4:16: “Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange, au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront en premier lieu.” La venue glorieuse de Jésus se fera au moyen d’un signal donné par un archange. C’est donc le Père, par l’intermédiaire d’un ange sorti du temple, qui indique à son Fils que c’est le moment d’aller moissonner.
Qu’est-ce qui détermine que ce sera le bon moment pour Jésus de venir en jugement?
La raison suivante est donnée: “car la moisson de la terre est mûre”. La moisson ne peut plus être retardée, elle est prête à être récoltée. La même raison est donné plus loin à propos de la vendange. “Lance ta faucille tranchante, et vendange les grappes de la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs.” (14:18). Tout comme Dieu détermine à quel moment la saison des récoltes a lieu chaque année, c’est également lui qui a déterminé le moment où viendra la fin des temps. Le jugement devra être exécuté lorsque les péchés de l’humanité auront atteint leur pleine mesure. L’accumulation des péchés tout au long de l’histoire atteint son sommet avec la dernière génération de l’histoire et rend les incroyants mûrs pour la colère de Dieu. (Du point de vue de la rédemption, ce qui détermine que ce sera le bon moment pour Jésus de venir dans sa gloire sera le fait que le dernier élu sera entré dans le Royaume par la foi).
Le fait que la moisson soit mûre nous enseigne quelle vérité au sujet de Dieu?
Cela nous enseigne que Dieu est patient en ce moment et qu’un jour sa patience prendra fin. “Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns le pensent. Il use de patience envers vous, il ne veut pas qu’aucun périsse, mais il veut que tous arrivent à la repentance.” (2 Pierre 3:9).
Ainsi, dès que le Fils de l’homme entend le message, il lance sa faucille et la terre est moissonnée. L’interprétation courante de cette partie de la vision, fondée sur les paraboles du semeur et de la semence de Matthieu 13 et de Marc 4, est de dire qu’elle décrit la moisson de tous les croyants. Mais quand on regarde ces chapitres d’un peu plus prêt, on voit que c’est non seulement le blé qui est moissonné, mais aussi l’ivraie qui est récoltée et brûlée. “À l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier… Or comme on arrache l’ivraie pour la jeter au feu, il en sera de même à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité et ils les jetteront dans la fournaise de feu, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père.” (Matthieu 13:30,40-42).
L’image de la moisson du verset 15 n’exclut donc pas le jugement. En réalité, elle peu difficilement décrire autre chose que le jugement, car la vision utilise le même langage que dans la prophétie de Joël 4:11: “Dépêchez-vous et venez, vous toutes, nations d’alentour, et rassemblez-vous! Là, ô Éternel, fais descendre tes héros! Que les nations se réveillent et qu’elles montent vers la vallée de Josaphat! Car là je siégerai pour juger toutes les nations d’alentour. Lancez la faucille, car la moisson est mûre! Venez, foulez, car le pressoir est plein, les cuves regorgent! Car grande est leur méchanceté.” La moisson dont parle Joël ne décrit pas le rassemblement des croyants, mais le jugement de Dieu contre les incroyants. Dans l’Apocalypse, cela est exécuté par le Fils de l’homme qui apparaît dans une majesté royale sur des nuages. Faisant aller sa faucille, il moissonne la terre, l’arrachant de sa moisson méchante et pernicieuse. “Et celui qui était assis sur la nuée jeta sa faucille sur la terre. Et la terre fut moissonnée.” (14:16). Cette image représente donc symboliquement le jugement des incroyants.
2. La vendange de la terre (14:17-20)
La deuxième partie de cette vision décrit le jugement dernier au moyen d’un autre symbole, celui de la vendange des grappes de raisins. Cette fois-ci la récolte est effectuée par deux anges. Cela ne veut pas dire qu’il s’agirait d’un autre événement que la vision de la moisson. Cette deuxième partie nous enseigne plutôt que le Fils de l’homme est assisté d’anges dans l’exécution de son jugement. (Certains pensent que le deuxième ange serait en réalité une représentation de Jésus, étant donné le parallélisme des deux parties de cette vision).
Au verset 17, le premier des deux anges “sortit du temple qui est dans le ciel”, tout comme cela fut le cas pour l’ange qui avait annoncé l’heure de la moisson au verset 14. Il provient de la présence de Dieu, ce qui signifie qu’il a reçu des ordres de Dieu et qu’il est dûment habilité par lui pour mettre le jugement à exécution. Cet ange tient également une faucille tranchante. Le deuxième ange s’adresse d’une voix forte au premier qui avait la faucille tranchante pour lui donner l’ordre de lancer sa faucille et de vendanger les grappes de raisin. Le texte nous précise que ce deuxième ange “avait pouvoir sur le feu et sortit de l’autel”.
Que signifie que l’ange donnant l’ordre de vendanger vient de l’autel et a pouvoir sur le feu de l’autel?
L’autel en question est celui sur lequel on brûlait de l’encens dans l’Ancien Testament (l’autel des parfums). Il en a déjà été question dans l’Apocalypse qui a repris cette image pour l’appliquer aux prières des saints montant vers Dieu (6:9-10; 8:1-5). Les prières des croyants sont montées vers le trône de Dieu et ont été reçues favorablement. Après quoi Apocalypse 8:5 dit ceci: “L’ange prit l’encensoir, le remplit du feu de l’autel et le jeta sur la terre; il y eut des tonnerres, des voix et des éclairs et un tremblement de terre. Et les sept anges qui tenaient les sept trompettes se préparèrent à en sonner”. Cela est suivi des sept trompettes provoquant des jugements sur la terre. Les prières des saints ont donc provoqué toutes sortes de jugements sur la terre tout au long de l’histoire. Et maintenant, voici qu’elles reçoivent leur réponse finale. Le jugement de Dieu contre les méchants qui s’accomplira à la fin des temps est la réponse définitive aux prières des croyants. L’ange qui a pouvoir sur le feu et qui sortit de l’autel pour aller donner l’ordre de vendanger représente ce lien étroit entre les prières des croyants et l’exécution du jugement dernier. Son pouvoir sur le feu qui est déversé sur la terre provoque des coups de tonnerres, des éclairs et des tremblements de terre qui sont les grondements du jugement dernier (voir Luc 9:54; Apocalypse 20:14). Nos prières sont efficaces et puissantes! Dieu y répondra au moyen d’un jugement parfaitement juste et absolument terrifiant pour les méchants.
Ainsi, ce deuxième ange “s’adressa d’une voix forte à celui qui avait la faucille tranchante, en disant: Lance ta faucille tranchante, et vendange les grappes de la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs” (14:18). L’ordre est immédiatement exécuté, car, comme le dit le verset 18, ses raisins sont mûrs. La moisson n’arrive ni après ni avant le moment précis établi pour son exécution.
“L’ange jeta sa faucille sur la terre. Il vendangea la vigne de la terre et jeta la vendange dans la grande cuve de la fureur de Dieu.” (14:19). Les grappes de raisin sont coupées, récoltées et placées dans la cuve, où les raisins sont écrasés avec les pieds et le jus coule dans le récipient inférieur.
Que symbolisent les grappes de la vigne de la terre et la grande cuve?
Dans notre vision, la vigne de la terre symbolise toute la multitude des hommes méchants; ses grappes de raisins sont les individus non croyants.
Les raisins pressés et foulés aux pieds signifient que les méchants seront punis éternellement. Ésaïe 63:1-6 avait utilisé la même image des raisins foulés aux pieds pour décrire l’exécution de la colère de Dieu: “Qui est celui-ci qui vient d’Édom, de Botsra en vêtements de couleur vive, en habits éclatants, et se redressant avec fierté, dans la plénitude de sa force? — C’est moi qui parle avec justice, qui ai le pouvoir de sauver. — Pourquoi tes habits sont-ils rouges et tes vêtements comme les vêtements de celui qui foule au pressoir? — J’ai été seul à fouler à la cuvée, et nul homme d’entre les peuples n’était avec moi; je les ai foulés dans ma colère, je les ai écrasés dans ma fureur; leur sang a jailli sur mes vêtements, et j’ai taché tous mes habits. Car un jour de vengeance était dans mon coeur et l’année de mes rachetés est venue… J’ai foulé des peuples dans ma colère, je les ai rendus ivres dans ma fureur et j’ai répandu leur sang sur la terre.”
Pourquoi le jugement est-il exécuté hors de la ville?
L’action de fouler aux pieds dans cette vision se fait “hors de la ville”. Il n’est pas spécifié de quelle ville il s’agit. L’Apocalypse parle à plusieurs reprises de la ville de Babylone et de la ville de Jérusalem ou la nouvelle Jérusalem. En Apocalypse 11:2, il a déjà été dit que les nations “fouleront aux pieds la ville sainte pendant 42 mois”, en parlant des chrétiens persécutés. Ils sont ainsi identifiés à leur Seigneur qui a souffert et qui a été mis à mort hors de la ville de Jérusalem. “C’est pourquoi Jésus aussi, pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte.” (Hébreux 13:12). Cependant, dans notre vision, ce n’est pas la persécution des chrétiens qui est décrite, mais le jugement des méchants. Ils sont punis hors de la ville, c’est-à-dire, dans le langage prophétique, la ville de Jérusalem, la ville du grand roi. “L’Éternel est grand, il est l’objet de toutes les louanges, dans la ville de notre Dieu, sur sa montagne sainte.” (Psaume 48:2). Joël 3:2 parle de la vallée de Josaphat où les nations sont jugées. On peut donc comprendre que les incroyants seront jugés à l’extérieur de la vraie ville sainte composée des croyants. La véritable Sion et ses habitants seront protégés de toute corruption et de toute souffrance (voir Ésaïe 60-62 précédant Ésaïe 63 déjà cité), tandis que les incroyants rebelles seront jugés hors de la ville, loin de la présence des rachetés.
Le résultat est épouvantable. “Du sang sortit de la cuve, jusqu’aux mors des chevaux, sur une étendue de 1600 stades.” (14:20). Jean voit une grande étendue de sang tellement profonde que le sang monte jusqu’à la hauteur des chevaux, assez pour qu’ils puissent y nager. Ces paroles montrent bien qu’un autre élément est ajouté à l’image de la cuve à fouler. La mention des chevaux fait penser à une guerre. La combinaison des deux images du sang et des chevaux rend d’autant plus saisissante la gravité de la colère de Dieu qui se déversera sur les méchants. La hauteur du flot de sang montre l’horreur inimaginable de ce jugement.
La longueur de 1600 stades, près de 300 km, est environ la longueur totale de la Palestine, depuis Tyr jusqu’à la frontière de l’Égypte. Cependant, il vaut mieux comprendre ce nombre symboliquement, comme la plupart des nombres dans l’Apocalypse. Le nombre 1600 est le carré de 40, un nombre qui est employé fréquemment dans la Bible, et qui indique une plénitude qui ne peut pas être surpassée. Le nombre 1600 est aussi 4 x 4 x 10 x 10, où 4 représente la terre et 10 représente la plénitude. Ce nombre indiquant l’étendue du carnage représenterait donc le fait que tous les méchants de la terre recevront un jugement complet. La même idée de plénitude est exprimée par la hauteur du sang qui monte jusqu’aux mors des chevaux.
Pourquoi cette vision a-t-elle été donnée en conclusion de celles sur le dragon et les deux bêtes?
Cette vision conclut la section des chapitres 12 à 14 et doit se comprendre dans le contexte du combat qui fait rage actuellement entre le dragon et l’Église (Apocalypse 12), ainsi que des ravages causés par les deux bêtes alliées du dragon (Apocalypse 13). Cela ne signifie pas que le jugement arrive au moment où ces bêtes sortent de la mer et de la terre. Le jugement est anticipé pour donner un encouragement au peuple de Dieu opprimé. Vraiment, “il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant” (Hébreux 10:31). Le Fils de l’homme et les anges apparaissant dans cette section sont là pour le montrer et pour appeler à la repentance et à l’adoration de Dieu avant qu’il soit trop tard. Le peuple de Dieu, qui est protégé de la colère de Dieu, voit la terrible vengeance de Dieu contre les méchants qui les ont si cruellement persécutés, opprimés et tourmentés dans ce monde. Cette vision n’a donc pas simplement pour but d’avertir les incroyants et de les appeler la repentance, mais aussi d’encourager les chrétiens à persévérer dans la foi, tout au long de leur rude combat actuel contre leurs ennemis. Que le Seigneur nous donne de demeurer attachés à Dieu et à son Fils Jésus-Christ et d’être puissamment réconfortés par le fait qu’il accomplira en toute justice la moisson et la vendange de la terre au retour glorieux de son Fils triomphant.
Paulin Bédard, pasteur
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